Lancement du Centenaire

 

Le discours de S.E. M. Inoussa Ousseini,

ambassadeur et délégué permanent du Niger auprès de l’Unesco, et ami de longue date de Jean Rouch

 

photo : Bernard Blanché

 

 

Le protocole a voulu que je brûle la politesse à mes anciens, or, comme vous le savez, nous sommes encore superstitieux en Afrique et quand on brûle la politesse aux anciens, on risque de perdre la vie !

 

Alors on a coutume de dire que la mort nous sépare mais la preuve est que les morts nous réunissent. Aujourd’hui c’est Jean Rouch qui n’est plus parmi nous qui nous réunit avec mes anciens maîtres, mes anciens guides qui sont présents ici, au rang desquels Serge Moati qui a été mon ami, mon frère, mon guide, tout comme Jean Rouch qui a dessiné quelques part les sillons de ma vie.

 

Je suis heureux également de retrouver un vieil ami, un père, un complice, qui m’a porté aux côtés de Jean Rouch, c’est Jean-Michel Arnols. Je voulais aussi rendre mes hommages à Mme Jocelyne Rouch, aux membres de la Fondation Jean Rouch, à l’association des amis de Jean Rouch, et à tous ceux qui permettent aujourd’hui de pérenniser la mémoire d’un homme que nous avons admiré, que nous avons aimé, mais avec qui nous avons eu quelques fois beaucoup de différents.

 

Que peut-on dire quand il s’agit de parler de Jean Rouch ? Dans le cadre de la célébration de ce centenaire, nous avons programmé à Niamey, lors du 10e édition du Forum africain du film documentaire, que nous avons créé à la faveur de ces premières funérailles à Niamey, pour pérenniser son œuvre, et poursuivre le travail de mémoire qu’il a entrepris au Niger, nous avions programmé d’aborder deux sujets : qu’est-ce que le cinéma à apporté à l’Afrique ? Au monde ? A l’humanité ? Et à la vie tout court ?
Et aussi qu’est ce que Jean Rouch a apporté à l’Afrique ? Et qu’est ce que l’Afrique a apporté à Jean Rouch ?

 

En attendant le forum, je pourrais d’ores et déjà dire que l’Afrique doit beaucoup à Jean Rouch, d’abord pour un travail de préservation de la mémoire, et les éminentes personnalités, les ethnologues, les anthropologues et les jeunes cinéastes qui sont dans la salle savent pertinemment qu’on ne peut plus aujourd’hui conter l’Histoire de l’Afrique, on ne peut plus enseigner la tradition orale, on ne peut plus enseigner l’anthropologie sans images.

 

Par conséquent, Rouch a permis de conserver une mémoire fragile, vivante, de l’Afrique. Donc je considère que l’Afrique doit beaucoup à Jean Rouch et incontestablement, que Jean Rouch doit beaucoup à l’Afrique, car la terre africaine, l’amitié avec les africains lui ont permis d’inventer ce que nous célébrons aujourd’hui, le cinéma nouveau, le cinéma de contact, le cinéma de liberté. Il est évidemment aisé pour moi de parler, d’évoquer de vieux souvenirs de vie commune, que nous avons partagée avec Jean Rouch.

 

Je pense que nous aurons l’occasion de nous étendre plus longuement quand nous serons à Niamey, au clair de lune du fleuve Niger.

 

Je vous remercie Mesdames et Messieurs.