Lancement du Centenaire

 

Le discours de Jocelyne Rouch,

présidente de la Fondation Jean Rouch

 

photo : Bernard Blanché

 

 

« Rêver n’est pas pathologique », aimait-il dire.

 

À 4 ans, dans une famille unie, généreuse et aimante, il était le Roi de Marcilly, ce petit village de Normandie où s’étaient installés ses grands-parents. Il revendiquait d’être l’enfant du « Pourquoi pas ?», bateau d’exploration du commandant Charcot, sur lequel avait embarqué Jules Rouch, son père, Louis Gain, son oncle, naturaliste, cap sur l’Antarctique.

 

« Ma vie est une suite de rencontres » ajoutait-il modestement. Les nombreuses rencontres de son père, officier de marine, l’avaient conduit à Rochefort. Leur maison était voisine de celle de Pierre Loti. Et cela lui a laissé le souvenir d’avoir vu Pierre Loti en talons hauts.

 

A Brest, le commandant Charcot le faisait sauter sur ses genoux et Jean se plaignait de l’odeur de sa pipe.

 

A Casablanca, lors d’un déjeuner avec son père, il rencontra Saint-Exupéry.

 

Tous ces voyages, toutes ces rencontres l’ont ouvert au monde, aux gens et ont aiguisé son goût de l’aventure et de la curiosité. Son oncle, Gustave l’avait initié à l’art de la photographie. Élève des Ponts et Chaussées, il s’est lié d’amitié avec Jean Sauvy et Pierre Ponty, amitié qui aura duré toute leur vie.

 

En 1941, ils partent en Afrique de l’Ouest pour construite des routes. Affecté au Niger, Jean assiste à un rituel de purification des corps sur un chantier, des corps foudroyés. Impressionné et profondément ému, il veut comprendre cette cérémonie à laquelle il assiste, car elle vient de lui ouvrir la porte sur le merveilleux. Sa vocation d’ethnologue vient de naître. Son ami Damouré, rencontré au bord du fleuve, sera son guide dans la découverte de la culture Songhaï.

 

C’en est fini des routes, il retournera en France pour suivre les cours du professeur Griaule et il reviendra caméra à l’épaule pour filmer les rituels Songhaï du Niger et les Sigui au Mali.

 

Décédé en 2004 sur une route du Niger, le pays lui a rendu hommage en lui offrant des funérailles nationales.

 

Il repose au cimetière chrétien de Niamey.