LIVRE D’OR

 

 

 

 

Artiste, scientifique, technicien, explorateur, cinéaste – ethnologue : Jean Rouch fait partie de ces personnalités aux multiples talents et au destin hors norme qui sont souvent au cœur du mouvement de la pensée et de la création. Il est de ces bâtisseurs dont la curiosité inlassable cherche sans cesse à relier les arts et les hommes, à décloisonner les horizons, à mélanger les genres, à questionner voire renverser les certitudes. Son œuvre, qui revisite les formes narratives, tente des expérimentations techniques inédites – en particulier multimédia –,atteste une créativité et une inventivité foisonnantes.

 

L’œuvre de Jean Rouch agit comme un aiguillon dans l’histoire du cinéma documentaire ; elle suit le sillon creusé par les pionniers du genre pour mieux s’en détacher et interroger le rapport du cinéaste au réel. Doutant que celui-ci s’offre de lui-même au cinéaste, Jean Rouch choisit de le provoquer-en s’immisçant lui-même dans son objet, en brouillant les pistes entre fiction et réalité, en ajoutant de l’imaginaire et de la fable au documentaire, pour créer de nouveaux espaces de vérité.

 

Et c’est peut-être justement par cet artifice, ce regard inimitable que Jean Rouch rend justice à ce qu’il filme. Car ces distances que le cinéaste abolit entre filmeur et filmé, ce sont autant de ponts qui sont jetés entre l’Europe et l’Afrique. L’Afrique, auquel Jean Rouch rend son  image, sa liberté, et sa dignité à une époque où le continent vit ses dernières heures coloniales. Un engagement qui lui vaudra une solide notoriété au Niger, encore bien vivante aujourd’hui, comme le montrent Laurent Védrine et Laurent Pellé dans un documentaire qui sera diffusé sur ARTE dans le cadre du centenaire de sa naissance.

 

La démarche novatrice et subversive de Jean Rouch est ainsi avant tout une démarche humaniste : le geste cinématographique devient chez lui un geste d’ouverture et d’échange, un acte d’engagement en faveur de l’autre, qu’il habite sur les rives du fleuve Niger ou celles de la Seine. En cette période troublée, rongée par les crispations identitaires, il est salutaire que l’héritage de Jean Rouch puisse continuer de rayonner et d’inspirer les futures générations de cinéastes.

 

 

 

Véronique Cayla

Janvier 2017

 

  

 

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